Projet de loi SURE : Grève du barreau d’Aix

Mobilisation contre le projet de loi S.U.R.E.

Publié le 2 avril 2026

Le 2 avril 2026

La réforme portée par Gérald Darmanin, visant à désengorger les tribunaux en jugeant certains crimes sans plaidoirie, suscite une vive inquiétude pour les avocats.
Le barreau d'Aix, à l'instar de nombreux barreau Français, s'élève contre le projet de loi SURE (pour "sanction utile, rapide et effective"), déposé devant le parlement en mars et qui vise à accélérer les procédures criminelles par l'introduction d'un procédé de "plaider-coupable". Celui-ci permettrait de juger sans plaidoirie l'auteur d'un crime qui reconnaîtrait sa culpabilité.

C’est dans ce contexte que le Conseil de l’Ordre, réuni en séance le 1er avril 2026, a adopté les mesures de grève suivantes :

• La cessation de toute participation des avocats du Barreau d’Aix-en-Provence aux
audiences devant les juridictions civiles, pénales et administratives, du 02 avril 2026 au 07 avril 2026 inclus ;
• L’organisation d’une journée dite « Justice morte » devant les juridictions civiles, pénales et administratives, fixée au 13 avril 2026.

Il est rappelé que s'agissant d'une décision du conseil de l'ordre, CES MESURES DE GREVE DOIVENT ÊTRE SUIVIES PAR TOUS LES AVOCATS DU BARREAU D'AIX-EN-PROVENCE, POUR TOUTES LES AUDIENCES.

MESSAGE DU BATONNIER

Le Conseil de l’Ordre, réuni en sa séance du 1er avril 2026, a adopté une motion solennelle par laquelle notre Barreau exprime son opposition résolue au projet de loi relatif à « la justice criminelle et au respect des victimes », dans la continuité des positions prises par la Conférence des bâtonniers, le Conseil national des barreaux, du Barreau de Paris et les Barreaux de Province.

Cette motion, que vous trouverez ci-dessous constitue l’expression collective d’une inquiétude profonde quant aux atteintes portées aux principes fondamentaux du procès pénal, au premier rang desquels figurent les droits de la défense, le caractère public et contradictoire des débats, ainsi que la place légitime des victimes dans l’œuvre de justice.

Dans ce contexte, il a été décidé un mouvement de grève totale devant les juridictions civiles, pénales et administratives du 02 avril 2026 au 07 avril 2026 inclus, ainsi qu’une journée dite « justice morte » le 13 avril 2026.

Je vous convie à une nouvelle assemblée générale extraordinaire qui se tiendra le mercredi 08 avril 2026 à 12h30, à l’Hôtel de Maliverny, aux fins d’examiner les suites à donner au mouvement de grève en cours.

Je tiens à remercier très sincèrement les Consœurs et Confrères qui, dans le respect de cette mobilisation, assureront leur présence en audience afin de solliciter le renvoi des dossiers et de donner lecture de la motion du Barreau d’Aix-en-Provence.

Leur engagement garantit à la fois la dignité de notre mouvement et la continuité d’une parole institutionnelle forte, claire et unie.

Je veux également saluer l’implication de chacune et chacun d’entre vous dans le suivi de cette mobilisation, qui revêt un caractère capital pour l’avenir de notre profession, mais aussi pour la sauvegarde des droits de la défense et la protection effective des victimes.

Votre concours est précieux dans un moment où notre profession ne saurait plus subir les conséquences des carences persistantes de l’État, lequel se doit d’assurer les moyens humains et matériels indispensables à l’émergence d’une justice véritablement juste, efficace et respectueuse de l’État de droit.

Je sais pouvoir compter sur votre mobilisation, votre sens des responsabilités et votre attachement indéfectible aux principes qui fondent notre serment.

VBDBAT
Xavier PIETRA

MOTION CONTRE LE PROJET DE LOI SURE

L’Assemblée Générale des avocats du barreau d’Aix-en-Provence, s’inscrit dans le sillage des positions fermes prises par la Conférence des bâtonniers, le Conseil national des barreaux et le Barreau de Paris. Elle exprime à son tour son opposition au projet de loi relatif à la justice criminelle et au respect des victimes, issu du projet dit « SURE », actuellement en discussion au Parlement.

  • Sous couvert de célérité et d’efficacité, ce texte remet en cause les fondements mêmes du procès pénal criminel. Il fait peser sur la procédure la charge de compenser le manque de moyens humains et matériels. Cette logique est inacceptable.
    La création d’une procédure de jugement des crimes reconnus, assimilable à un plaider-coupable criminel, constitue une rupture majeure. En supprimant le procès d’assises elle écarte le jury populaire ainsi que le débat public sur la preuve, la personnalité et la peine. Elle transforme le jugement des crimes les plus graves en une justice soi-disant négociée mais surtout expéditive.
    Cette procédure fait peser une pression sur la personne poursuivie.
    La promesse d’une peine plafonnée, conjuguée à la détention provisoire et à la menace d’une sanction plus lourde, altère nécessairement la liberté du consentement.
    Un tel mécanisme est incompatible avec l’exigence d’un procès équitable et avec les droits de la défense. Contrairement aux objectifs affichés, la réforme affaiblit aussi la place des victimes. Le délai très bref laissé à la partie civile pour s’opposer à la procédure est insuffisant.
    L’absence de véritable audience prive les victimes d’un espace d’expression et de reconnaissance. Le procès criminel ne peut être réduit à un outil de gestion des flux.
  • Par ailleurs, la mise en place des Cours Criminelles Départementales en appel pour tous les crimes punis de 20 ans de réclusion criminelle, contrairement à la parole qui avait été donnée par Monsieur Eric Dupond Moretti devant la représentation nationale, démontre l’absence totale de confiance qui peut être faite au gouvernement. Demain, se sont toutes les Cours d’assises qui sont en danger.
  • Enfin, la modification du régime des nullités démontre la volonté du gouvernement de privilégier une logique de gestion des flux au détriment de l’exercice effectif des droits de la défense, y compris dans la justice pénale du quotidien, en empêchant le citoyen de bénéficier d’un réel contrôle de la régularité de la procédure.

En conséquence, l’assemblée générale des avocats du barreau d’Aix-en-Provence soutient pleinement le mouvement de grève décidé par la Conférence des bâtonniers de France. Elle appelle le législateur à renoncer à cette réforme. Elle exige l’ouverture d’une concertation loyale et approfondie, afin de construire une justice criminelle efficace mais surtout publique, contradictoire, humaine et respectueuse de l’Etat de droit.

Dans ce contexte que le Conseil de l’Ordre, réuni en séance extraordinaire le 1er avril 2026, a adopté les mesures de grève suivantes :

📍La cessation de toute participation des avocats du Barreau d’Aix-en-Provence aux audiences devant les juridictions civiles, pénales et administratives, du 02 avril 2026 au 07 avril 2026 inclus ;
📍L’organisation d’une journée dite « Justice morte » devant les juridictions civiles, pénales et administratives, fixée au 13 avril 2026.